Marché de la reprise : 370 000 entreprises à céder, 130 000 trouveront preneur
- 370 000 TPE, PME et ETI pourraient être transmises dans les cinq prochaines années. Au rythme actuel, environ 130 000 le seront : le potentiel est près de trois fois supérieur à la dynamique observée.
- Le récit des baby-boomers est à moitié faux. La retraite motive bien 64 % des intentions, mais la majorité des transmissions réellement engagées le sont par des dirigeants de moins de 60 ans.
- Le goulot d'étranglement n'est pas l'offre d'entreprises — elle est massive — mais le financement des repreneurs et l'écart de prix avec les cédants.
- Défaillance et opportunité de reprise ne sont pas synonymes : la hausse des défaillances ouvre un canal réel, mais étroit et technique, qui ne concerne qu'une minorité des dossiers.
Le discours est devenu un lieu commun : les baby-boomers partent à la retraite, une vague d’entreprises arrive sur le marché, il n’y a qu’à se servir. C’est séduisant, et c’est en partie faux. Les chiffres disponibles racontent une histoire plus intéressante — et bien plus utile si vous cherchez une affaire à reprendre.
370 000 d’un côté, 130 000 de l’autre
L’étude publiée par Bpifrance Le Lab en 2025, menée auprès d’environ 5 000 chefs d’entreprise entre le 19 mai et le 9 juin 2025, donne le chiffre que tout le monde retient : 40 % des dirigeants de TPE, PME et ETI comptent transmettre leur entreprise d’ici 2030. Cela représente un potentiel d’environ 370 000 entreprises — précisément 310 000 TPE, 58 000 PME et 1 200 ETI — et près de 3 millions d’emplois.
Mais le chiffre que personne ne cite est le second : au rythme actuel des transactions, environ 130 000 entreprises seulement seront effectivement transmises sur la période. Le potentiel est donc près de trois fois supérieur à la dynamique réellement observée.
Autrement dit : environ 240 000 dirigeants qui souhaitent transmettre ne trouveront pas preneur. Ce n’est pas une vague qui arrive, c’est un embouteillage qui dure.
Le marché de la transmission affiche un potentiel trois fois supérieur au nombre de transmissions réalisées. L’offre n’est pas le problème. La demande solvable, si.
Le marché de la transmission : intention contre réalité
Sur cinq ans. Source : Bpifrance Le Lab, 2025.
Le mythe des baby-boomers, corrigé par les chiffres
C’est le point le plus contre-intuitif de l’étude, et il change la façon de chercher.
La retraite motive bien 64 % des intentions de transmission. Jusqu’ici, le récit tient. Sauf que la même étude observe que la majorité des transmissions réellement engagées sont initiées par des dirigeants de moins de 60 ans — et qu’un profil nouveau apparaît : des cédants de moins de 50 ans, qui vendent non pas pour s’arrêter, mais pour se renouveler, changer de vie ou passer à un autre projet.
La leçon est concrète. L’intention de transmettre n’est pas la transmission. Le dirigeant de 63 ans qui « pense à passer la main » y pense souvent depuis cinq ans et y pensera encore dans trois. Celui qui vend vraiment est plus jeune, plus décidé, et son affaire est généralement en meilleur état — parce qu’il ne l’a pas laissée s’essouffler en attendant.
Si vous ciblez uniquement les dirigeants proches de la retraite, vous visez le segment le plus nombreux en intention… et le plus lent à passer à l’acte.
Où sont ces entreprises
La répartition est écrasante : sur les 370 000, environ 310 000 sont des TPE, 58 000 des PME et 1 200 des ETI. Le marché de la transmission est d’abord un marché de très petites entreprises — commerces, artisans, services de proximité. C’est cohérent avec ce que nous voyons dans nos guides métier : l’essentiel des affaires reprenables sont des structures de quelques salariés.
Côté secteurs, le tourisme arrive en tête des intentions de transmission (54 % des dirigeants du secteur). Côté taille, l’intention décroît avec la dimension : 40 % chez les TPE, 36 % chez les PME, 23 % chez les ETI.
Pourquoi le marché ne se vide pas
Si l’offre est trois fois supérieure aux transactions, c’est que le blocage est ailleurs. L’étude nomme les freins, et ils se répondent de part et d’autre de la table :
Côté cédants :
- 19 % citent l’absence de repreneurs
- 18 % des offres trop basses
- 14 % la complexité administrative
Côté repreneurs :
- 30 % citent le financement comme principal obstacle
- chez les repreneurs anciens salariés, 44 % rencontrent des difficultés de financement
Croire qu’un marché favorable dispense d’un bon dossier. Le cédant se plaint de ne pas trouver de repreneur pendant que le repreneur se plaint de ne pas trouver d’argent : ce sont les deux faces du même blocage. Ce n’est pas l’affaire qui manque, c’est le financement qui décide.
Et un chiffre pour finir de casser l’illusion du bon coup : 26 % des repreneurs jugent, après coup, avoir payé trop cher. Le déséquilibre du marché ne protège de rien si l’on ne sait pas ce que vaut réellement l’affaire.
Et les défaillances dans tout ça ?
Les défaillances d’entreprises augmentent. Les données mensuelles de l’INSEE, issues de la Banque de France et corrigées des variations saisonnières, comptent 6 260 défaillances en février 2026, contre 5 824 en décembre 2025 et 4 637 en août 2025.
Il est tentant d’en conclure que les opportunités de reprise explosent. C’est un raccourci, et il est trompeur.
Une défaillance n’est pas une entreprise à vendre. Dans la grande majorité des cas, la procédure aboutit à une liquidation judiciaire : l’activité s’arrête, et seuls des actifs isolés — matériel, stock, parfois le droit au bail — sont réalisés. Il n’y a rien à « reprendre » au sens d’une transmission.
Une minorité de dossiers débouche en revanche sur un plan de cession, où le tribunal retient l’offre d’un repreneur pour sauver tout ou partie de l’activité et des emplois. Ce canal est réel, et il est nettement moins encombré que le marché classique. Mais il obéit à des règles propres : délais très courts, information limitée, offre déposée sans garantie d’actif et de passif, décision du tribunal qui n’est pas qu’économique. C’est un métier en soi, pas une porte dérobée pour primo-repreneur.
- Défaillance ≠ entreprise à reprendre : la plupart finissent en liquidation.
- Le plan de cession est un canal réel, mais étroit et technique.
- Reprendre à la barre suppose de décider vite, avec peu d’information et sans les protections d’une cession négociée.
Ce que ça change pour vous
Si vous cherchez une affaire, retenez trois choses de ces chiffres.
Le stock existe, ne bradez pas votre exigence. Avec un potentiel trois fois supérieur aux transactions, vous n’êtes pas condamné à prendre le premier dossier venu. 19 % des cédants ne trouvent personne : c’est votre marge de manœuvre.
Votre financement est le vrai sujet. C’est le premier obstacle cité par les repreneurs, et de loin. Travaillez-le avant de chercher, pas après avoir trouvé — voyez comment financer une reprise et le rôle du crédit vendeur, qui règle précisément l’écart de prix que 18 % des cédants dénoncent.
Ne visez pas que les futurs retraités. Les dirigeants qui vendent réellement sont souvent plus jeunes, et leur affaire est en meilleur état. Le marché caché se travaille aussi de ce côté-là.
Sources
- Bpifrance Le Lab, Transmission et reprise d’entreprise : perspectives de marché, 2025 — enquête menée du 19 mai au 9 juin 2025 auprès d’environ 5 000 chefs d’entreprise de TPE-PME, complétée par plus de 50 entretiens. Communiqué Bpifrance
- INSEE, Défaillances d’entreprises — données mensuelles de 2000 à 2026, série CVS-CJO, source Banque de France, mise à jour du 17 avril 2026. Voir la série
Les pourcentages cités sont ceux publiés par ces sources et reflètent des intentions déclarées ou des séries statistiques à leur date de publication. Ils décrivent un marché, pas votre dossier : une affaire se juge sur ses comptes, pas sur une moyenne nationale.
Questions fréquentes
Combien d'entreprises sont à vendre en France ?
Selon l'étude Bpifrance Le Lab publiée en 2025, 40 % des dirigeants de TPE, PME et ETI comptent transmettre leur entreprise d'ici 2030, soit un potentiel d'environ 370 000 entreprises et près de 3 millions d'emplois concernés. Ce chiffre est une intention déclarée, pas un stock d'affaires disponibles à l'instant T : toutes ne seront pas mises en vente, et toutes ne trouveront pas preneur.
Est-ce le bon moment pour reprendre une entreprise ?
Le rapport de force est plutôt favorable au repreneur : l'étude Bpifrance montre un potentiel de transmission environ trois fois supérieur aux transmissions effectivement réalisées, et 19 % des cédants citent l'absence de repreneurs comme un frein. Mais le facteur limitant reste votre financement : 30 % des repreneurs le citent comme leur principal obstacle. Un marché favorable ne compense pas un dossier bancaire fragile.
La hausse des défaillances crée-t-elle des opportunités de reprise ?
Marginalement, et pas comme on l'imagine. La grande majorité des défaillances aboutit à une liquidation, où l'entreprise disparaît et où seuls des actifs isolés sont vendus. Seule une partie des procédures débouche sur un plan de cession permettant à un repreneur de reprendre l'activité. C'est un canal réel mais technique, avec ses propres règles, ses délais courts et ses risques : il ne remplace pas le marché de la transmission classique.