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Reprise : les dangers du vieillissement des cédants



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Cyril ANDRE, le 21 Juin 2019



La toute récente étude de BPCE L’Observatoire sur la reprise et transmission de PME en France fourmille de données qu’il est difficile, voire impossible de trouver ailleurs. Entre autres analyses, elle met en lumière un phénomène qui prend de l’ampleur au fil des années et qui vient gripper ce marché de la transmission d’entreprise. Il s’agit du vieillissement des dirigeants de PME. En 2016, ils sont 20,5 % à être âgés de plus de 60 ans, contre 17 % en 2010 et 15 % en 2005. L’évolution est, certes, relativement lente, mais elle est continue. Et d’après la BPCE, les chiffres de 2017 et 2018 montreront une poursuite de ce phénomène. Il en va de même pour les dirigeants de plus de 66 ans, leur part est passée de 6,2 % à 8,3 % entre 2010 et 2016 et elle devrait franchir le cap des 10 % en 2021.

L’un des soucis est que les dirigeants âgés ont davantage de difficultés à céder que les chefs d’entreprise plus jeunes. Ainsi entre 2013 et 2016, le taux de cession des dirigeants de plus de 60 ans a reculé de 3,1 points et de 4 points pour les chefs d’entreprise de plus de 66 ans. Pour les dirigeants quarantenaires, le taux de cession a, certes, diminué, mais deux fois moins rapidement. À titre d’exemple, environ 3 200 ventes de PME ont été faites par des dirigeants de plus de 60 ans en 2016, contre près de 4 300 en 2013 et en 2014.

Consolidation et désinvestissement

Comme l’indiquent les auteurs de l’étude de la BPCE, les dirigeants dont l’âge est avancé exposent plus fréquemment leur entreprise à deux types de risque. D’une part, ces derniers adoptent plus fréquemment une stratégie financière de consolidation des fonds propres et de désinvestissement ce qui aboutit in fine à un sous-investissement antinomique avec un bon et sain développement de l’entreprise. « Cette stratégie ne procède pas d’une prudence excessive ni d’une incompréhension des tendances de marché liée à l’âge, mais s’explique par la volonté de préparer l’entreprise à la cession en limitant les engagements et de concentrer davantage d’attention au patrimoine privé dans la perspective de la retraite », souligne l’étude.

D’autre part, si cette période se poursuit, l’entreprise devient moins performante et, dès lors, moins cessible. « Le prolongement durable de cette stratégie conduit progressivement à éroder, voire à faire disparaître la valeur de l’entreprise, de moins en moins adaptée aux transformations de son marché et de plus en plus dépendante de la reconnaissance de son dirigeant », peut-on lire dans l’étude de BPCE L’Observatoire. Ainsi, l’éventualité d’une cession peut être alors compromise par le désintérêt pur et simple des repreneurs potentiels, mais aussi par l’abaissement de leur offre de prix.