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Alain Tourdjman, directeur des études économiques au sein du Groupe BPCE



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Cyril ANDRE, le 19 Juin 2017



Alain Tourdjman et son équipe viennent de publier la quatrième édition des « Carnets de BPCE L’Observatoire » consacrée à la cession-transmission des PME et TPE. Il s’agit du seul travail statistique exhaustif sur la reprise d’entreprise disponible en France. Alain Tourdjman nous livre quelques-unes de ses analyses. Nous constatons donc une recrudescence de morts naturelles de TPE lorsque le dirigeant a plus de 60 ans

« Nous constatons donc une recrudescence de morts naturelles de TPE lorsque le dirigeant a plus de 60 ans »

Vos travaux montrent que, pour les TPE, il y a deux fois plus de cessation (environ 100 000) que de cessions. Peut-on avancer une explication à ce phénomène ?
Il y a moins de décalage entre les intentions et les réalisations de cession pour les TPE dont le dirigeant est jeune. Mais dans le cas des TPE dont le dirigeant est âgé de plus de 65 ans, et pour ceux qui sont décidés à céder dans l’année à venir, seul 1 dirigeant dans ce cas de figure sur 6 va effectivement pouvoir céder son entreprise. Dans les faits, les opérations de cession de TPE en fin de carrière professionnelle ne se font pas. Nous constatons donc une recrudescence de morts naturelles de TPE lorsque le dirigeant a plus de 60 ans.

Ne s’agit-il pourtant pas de TPE qui ont été solides durant des années ?
Il est tout de même frappant de constater que les TPE dont le dirigeant a plus de 60 ans, et dont il est le créateur, ont été, pour une majorité d’entre elles, pérennes durant 10, 20 ou 30 ans. Alors qu’elles ont prouvé leur pérennité et qu’elles ont été rentables, ces entreprises ne se vendent pas et s’arrêtent. Ce phénomène est tout de même très troublant. Il ne s’agit donc absolument pas de TPE qui vivent un ou deux ans, qui ne parviennent pas à atteindre une taille critique et qui disparaissent.
 
Pour tenter d’enrayer la spirale des entreprises qui meurent faute de repreneurs, quelles sont les mesures que vous préconisez ?
Il faut avant tout réfléchir à partir de données sérieuses et cesser de faire des analyses à partir d’un grand agrégat des cessions de l’ensemble des entreprises. Cela nous empêche, à titre d’exemple, de voir que pour certaines catégories de cession (PME) les enjeux en termes d’emplois sont considérables et moins pour d’autres catégories. Il faut donc établir des priorités. Il faudrait notamment se concentrer sur la problématique des PME dont le dirigeant est en fin d’activité professionnelle. Il convient de bien davantage cibler et prioriser les actions. Par ailleurs, je plaide pour faire une vraie cause nationale du sujet de la cession- transmission. L’un des objectifs serait de bien faire prendre conscience aux dirigeants que lorsqu’ils approchent des 60 ans, la cession ou la non-cession de leur entreprise n’est pas seulement leur problème personnel, mais qu’elle impacte aussi l’ensemble du tissu économique. Il faut que nous allions beaucoup plus loin dans le degré de sensibilisation des dirigeants sur ce plan.
 
Avez-vous une autre proposition quand à cette problématique ?
Autre sujet : l’accompagnement en capital. Beaucoup de personnes ont les capacités pour être de bons repreneurs et devenir de bons chefs d’entreprise, mais ils ne peuvent réunir la totalité des moyens financiers pour assumer une reprise et ils ne souhaitent pas forcément risquer l’avenir financier de leur famille. Il faudrait penser à un véritable accompagnement en capital par une structure publique ou parapublique qui faciliterait ainsi le processus de reprise. On a le sentiment d’un immense gâchis en voyant le nombre d’entreprises qui meurent faute d’avoir pu être vendues.
 

Entretien